Overblog Tous les blogs Top blogs Humour
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Bigorneau : Bigornette Blog généraliste : humour, poèmes, photos...etc...

Il attend !

Le Bigorneau


100-1737.jpg

Il attend !



Dans ce petit salon propret,
il est là, assis, affaissé ,
la tête inclinée,
le front ridé, tout plissé,
endormi à moitié.
Avec d’autres, comme lui…
Il attend !
On va lui donner son goûter,
le faire manger.
Il est dans son monde.
Une quinte de toux le secoue.
Il ne sortira pas de sa torpeur.
Même pas quand sa fille,
prenant les poignées de son fauteuil,
le roulera jusqu’à sa chambre,
le temps d’une visite.
Visite ou pas : quelle importance ?
pour ce vieillard usé,
qui a tout oublié,
de sa vie d’avant,
D’avant son arrivée,
dans ce service médicalisé,
de cette maison de retraite cossue.
Il n’a devant lui que du temps,
un temps distendu,
Tout ce temps qui lui a tant manqué,
par le passé,
quand il travaillait d’arrache pied,
pour gagner de l’argent,
destiné à se garantir une retraite dorée,
Une belle fin de vie.
A cette issue, il n’avait pas pensé.
Il n’avait pas prévu,
que sa mémoire s’en irait pas à pas,
chaque jour un peu plus.
Bonne retraite ou pas,
la mort seulement le délivrera,
de tout ce temps,
devenu inutile,
Où il ne fait qu’attendre…


 
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commentaires
A
Attendre ! c'est ce qui me fait le plus peur! quand je vois ma mère je me dis que je préfèrerais le suicide à cette vie d'attente ! Ton texte est très fort !
Répondre
C
Je trouve par hasard votre poème qui fait écho à ce passage du roman sur lequel je travaille actuellement. juste eu envie de vous l'offrir - Cleg*Comme tous les mardis après-midi, je suis venu la voir, à reculons, sans entrain. Je déteste ces odeurs de pisse et de soupe de légume tiède qui collent aux murs de la maison de retraite et vous assaillent dès votre arrivée dans le hall sombre où, alignés le long d'une paroi aux papiers peints fleuris, une quinzaine de vieilles et quelques vieux somnolent, tremblotants, décharnés et avachis dans des fauteuils trop grands et trop lourds. Dès que je pousse la seconde porte du sas d'entrée, grinçant sur leurs énormes charnières à double ouverture, un, deux visages se redressent lentement, me dévisagent ; les regards délavés espèrent reconnaître un proche, un frère, un fils puis s'éteignent, tristes, perdus bien au-delà des arbres centenaires du jardin public derrière la baie vitrée, vers un horizon lointain où leurs souvenirs nostalgiques et désordonnés meublent l'interminable attente, habitent le vide, trompent la solitude. La climatisation est poussée à fond, je frissonne. Depuis la dernière canicule, dans les salles communes des maisons de retraite, nos vieilles grelottent l'été, leurs mains tremblent, tentent de concentrer dans les pans des robes légères ramassés sur leurs genoux et chiffonnés, un peu de cette chaleur confisquée. D'autres marmonnent, geignent ou bavent, les bouches agitées et maladroites ravalent en vain la salive grasse, surabondante qui baigne des dentiers trop lâches sur des mâchoires fragiles et amaigries ; ils ne me voient pas, me rêvent peut-être dans leur sieste comme un ange qui passe, un lambeau de mémoire, un souvenir d'enfance, un visiteur insouciant et heureux. Je leur souris pourtant, les salue et, comme pour faire encore croire au bonheur d'une visite improbable, d'un pas alerte, faussement joyeux, je traverse la pièce au sol de linoleum couleur bouteille qui couine sous mes semelles jusqu'à l'escalier. De la cuisine, à l'autre bout du réfectoire où les champs de lavandins et les tournesols de Van Gogh se lamentent dans des cadres ternis, me parviennent les tintements aluminium si particulier des vaisselles de collectivité. Ici, la vie, les rires et la jeunesse ne se voient pas, ils s'entendent, se devinent, s'imaginent tout comme l'effervescence de la ville étouffée derrière les arbres du parc et les doubles vitrages de la véranda. On est déjà hors du monde, dans un ailleurs soigneusement isolé du regard des vivants. Transgresser des règles sociales policées, défier les barrières érigées autour de ce qui dérange, oblitérant notre déchéance future et notre évidente destinée mortelle, ou simplement besoin de me sentir d'une autre humanité, je ne sais pas ce qui me pousse. Pour cette poignée de vieillards inconnus, abandonnés à la nonchalance d'un temps compté qui les épie, chaque mardi, un bouquet de fleurs du jardin à la main, je mets en scène une bonne humeur de parade, un entrain de carnaval, une esbroufe qui ne trompe bien évidement personne. Surtout pas moi. Une bravade fugace et inutile, une respiration, l'espace d'un instant avant de grimper les trois étages qui me mènera vers elle, et où chaque marche gravie rendra mon pas plus lourd et moins fanfaron.Aujourd'hui encore, elle ne m'a pas entendu rentrer, pas plus qu'elle n'a réagi au baiser furtif que j'ai déposé sur sa tempe, tendrement. Installée comme toujours sur le petit balcon qui surplombe les quais, face au Rhône, elle reste absente et immobile, absorbée de tout son être dans des pensées graves, lointaines qui dessinent sur un visage soucieux et douloureux, un vilain rictus crispé. Rose.Perdue dans son labyrinthe mental, d'un geste rude, soudain, rapide, des deux bras qui chasseraient l'agresseur, elle écarte violemment ma main qui esquissait une caresse délicatement posée sur les siennes. Tout comme la semaine dernière, comme tous les mardis de ces deux dernières années, elle refuse tout contact, toute intrusion, toute tendresse et s'agite dès que je parle comme si ma voix, ma présence lui étaient insupportables. Alors, assis en face d'elle tout l'après-midi, sans un bruit, je la regarderai et oserai espérer qu'une brève lueur de lucidité traversera, un jour ou l'autre, le voile obscur de ses pensées. Que ses yeux braqués sur moi sans me voir s'allumeront assez pour me reconnaître. Que malgré la folie et le monde de silence dans lesquels elle s'est enfermée, malgré mon incommensurable incapacité à l'empêcher d'y sombrer ou de s'y complaire, elle sentira ma présence fidèle et amicale. Je voudrais y croire encore de toutes mes forces, m'imaginer le pouvoir de sauver celle que j'ai aimée, celle que j'aime toujours, mais, tout crie en moi mon inutile entêtement et mon immense prétention. Sans doute, elle ne remarquera pas plus aujourd'hui les larmes incongrues qui usent les traits marqués de mon visage que les soupirs qui gonflent mon coeur à la limite du vertige et de la nausée. Ni la brassée de cytises et d'hibiscus que j'ai apportée de la maison. Exclu de son univers et de ses rêves, rejeté, étranger à sa vie, je serai là pourtant, impuissant et malheureux, les fesses tannées en équilibre instable sur le petit tabouret paillé, jusqu'au bout de son voyage.Imperturbable, Rose s'en fout, elle se fout de tout ; tout passe et glisse sur elle comme sa main ridée et tâchée qui caresse régulièrement le dessus de la jupe grise tendue sur ses cuisses. Du regard, je cherche le chat, son vieux chat couleur feu au poil épais et long que nous avions trouvé, il y a quelques années, blessé sur le bas-côté du chemin menant à notre maison, flamboyant de rousseur dans les phares. Un ange de douceur et de patience, l'unique être vivant que Rose ait autorisé à entrer dans son monde et son espace. Comme un fou, je l'ai jalousé de ce privilège qui m'était interdit et aurais tout donné pour être, ne serait-ce qu'une seconde, à sa place, la tête posée sur ses jambes, qu'elle me câline, que sa peau effleure la mienne, qu'elle me serre contre elle, sentir son coeur battre et sa respiration dans mes cheveux. Que l'espace d'un instant elle puisse accepter de me toucher à nouveau sans retenue, sans arrière-pensée, sans horreur ni peur, ni dégoût, et qu'à mon tour, je lui offre les mêmes gestes pleins de mon amour et de ma tendresse.Ni caché, ni terré dans un coin, Le Rouquin n'est plus là. Étrangement absent sous les deux mains qui continuent de le flatter distraitement.J'ai essuyé de mon mouchoir le filet de bave qui s'échappait de sa bouche entre-ouverte jusque sur son bras nu, inerte et j'allais desserrer le frein bloquant les roues du fauteuil pour la déplacer à l'ombre et au frais, à l'intérieur de la chambre, mais toujours tournée vers le Rhône, son unique et nécessaire horizon.En contrebas, les flashes bleutés des gyrophares allument les feuillages des platanes d'un émeraude profond et fantomatique où, glissant à la surface étale du fleuve, grossis par l'écho des façades de pierre et le silence pesant des après-midis d'été avant l'orage, leurs bips réguliers s'accrochent entêtants, insidieux, menaçants. Au milieu de la chaussée, les pompiers gantés de latex crémeux, impressionnés malgré eux, s'affairent avec mille précautions à ordonner les membres écartelés d'un corps démantelé et sans vie incrusté dans la noirceur du bitume fondu. Luisante, vibrante sous les ombres des feuilles qui jouent avec le soleil de plomb, braise incandescente dans la fournaise, la civière de plastique écarlate s'impatiente un peu plus loin entre les battants ouverts du camion. Accoudé à la rambarde du balcon, mon regard ne peut se détacher du visage de cette femme étendue, si pâle au milieu de la débauche de couleurs, si tranquille dans l'agitation, si usée dans une mort soudaine qui semble l'avoir pourtant libérée d'une vie sans éclat. Sous quelques cheveux épars qui collent à sa figure, reste l'ombre d'un reflet étonné entre ses sourcils relevés, hésitant, indécis à masquer une tristesse profonde ou une langueur ancienne, contagieuse. Les yeux me piquent, j'efface du bout des doigts une larme acide et vagabonde qui pointait malgré moi. A l'écart sur le trottoir au pied du bâtiment, les membres désordonnés, le poil roux en bataille et englué, baigne dans la mare de son sang figé le corps écrasé d'un chat que je n'avais pas remarqué. D'un chat que je connais trop. Je crois que je vais vomir. Rose.Tu n'as pas fait cela ? Réfugiée dans son silence et son immobilité, la tête penchée en arrière contre le dossier du fauteuil, le regard durci, Rose caresse ostensiblement la place du Rouquin sur ses genoux plus fermement, plus nerveusement, les doigts crispés et tremblants. Une violence sourde gonfle son être tétanisé de haine, crisse entre ses mâchoires soudées et roule sous sa peau tendue, tangible, inquiétante. Alors que j'ai mille fois craint pour elle, pour sa vie, pensant qu'elle représentait son propre danger, pour la première fois, j'ai peur pour moi. Rose me fait peur comme si le seuil du supportable dépassé, plus rien ne peut faire obstacle à sa fureur. Cette même fureur qui semble l'avoir animée pour balancer Le Rouquin par-dessus le balcon, la force décuplée par une colère volcanique enfouie dont je décèle aujourd'hui pouvoir être la cible.Et si la chute du chat avait provoqué la mort de cette femme à la peau blême ? Sensation d'urgence. Sans réfléchir, j'ai reculé le fauteuil de Rose à l'intérieur de la pièce, tiré les rideaux. La protéger encore et toujours d'elle-même et des autres, de tous les autres. Je sais qu'elle n'apprécie pas que j'obscurcisse son horizon et m'en excuse “Mieux vaut pas qu'on te remarque“ ; elle ne bronche pas, raide et lointaine  les mains sur les cuisses, ses doigts tordus étreignant les chairs. J'ajoute dans un souffle “Je t'aime“, attrape au vol le sac à linge sale, sort en trombe de la chambre, enfile le couloir dalé de linoléum vert pomme, dévale les escaliers, ralentit l'allure en passant devant l'alignement des vieillards somnolents que je salue d'un geste furtif, traverse le hall, pousse les lourds battants qui grimacent bruyamment et sort sur le pas de la porte où l'air brûlant me prend à la figure.Hypnotiques, les lueurs tournantes balaient la rue de leurs faisceaux électriques et les visages inquisiteurs d'une dizaine de badauds en mal de sensations que le macabre aimante comme la pourriture attire les mouches. Entre dégoût et fascination, des chuchotements compatissants prêts à consoler ses enfants ou son mari, plaignent cette pauvre vieille qu'ils n'ont pas ratée, se mettent un instant à sa place, préféreraient finir tranquillement dans leur lit pourvu de ne pas souffrir, encore qu'une mort subite présente aussi des avantages. On admire sans réserve le courage et l'abnégation des pompiers qui suent sous leurs uniformes tout en se congratulant de ne pas être à leur place. Ramasser des morceaux tous les jours ! Puis sans égards et sans s'en apercevoir, on finit par parler plus fort, commenter les circonstances alors qu'on a rien vu, échafauder des hypothèses plus farfelues les unes que les autres, alimenter la rumeur qui circule et enfle en un flot ininterrompu de certitudes et de jugements convenus. Alors les éternelles palabres des oisifs échouent lamentablement dans le classement sans appel des chauffards, des clochards, des étrangers comme indésirables, nuisibles, fainéants, ratés, parasites, rebus, déchets, sous-races... Veuillez cocher la case de votre choix !Ahuri et suffocant, j''assiste une fois encore au triste spectacle de la bêtise humaine qui me fait mal à hurler et me laisse pourtant sans voix, les bras ballants, le sac à linge vide pendouillant tel une loque contre mon mollet. Malgré sa répugnante médiocrité, la foule animée de ses intarissables bavardages procure un anonymat confortable et j'hésite à m'extraire du cercle protecteur pour m'approcher d'un des pompiers, parti seul préparer la civière :“Si vous voulez, je peux m'occuper du chat...“, j'ai bredouillé ces quelques mots dans un murmure malgré moi et m'attends presque à tout, un geste de surprise, de colère, d'impuissance ou d'impatience. Rien ne vient d'autre qu'un vague hochement de tête, indifférent ou distrait, une autorisation tacite qui me suffit pour arracher au sol la masse poilue et gluante du Rouquin, l'enfourner dans mon sac à linge et m'éloigner le plus discrètement possible. Le sentiment de voler à la femme démantibulée que les pompiers hissaient dans leur camion une part de sa vérité, colle à mes semelles, sournois et honteux, comme le sang du chat qui sèche sur mes doigts. J'évite de me retourner, tente d'allonger le pas en direction de ma voiture, me retourne cependant le temps d'apercevoir le gyrophare disparaître au coin d'un immeuble alors que son bip persiste à geindre sous mon crâne.Mon pied butte contre ce que je crois être un caillou. En l'absence de marronnier et égaré en cette saison, la rondeur d'un vieux marron cahote dans le caniveau et roule à quelques mètres. Machinalement, je le ramasse. Bien qu'un peu craquelé, il est aussi chaud et doux que dans mes souvenirs de gosse ; il y avait bien longtemps que je n'en avais pas tenu un serré au creux de ma main. Je crois que j'ai tout oublié de l'automne.*Ce matin, j'ai enterré Le Rouquin dans le jardin, sous un pied de glycines. Je l'ai enterré debout dans son trou, comme en Camargue, on honore les taureaux, les cornes pointées au soleil en signe de respect, d'admiration et d'amour. Il fait une chaleur accablante et l'orage espéré ne vient pas.
Répondre
L
Je suis flattée par tous les coms que cet article a provoqués  par les jolis dessins  d'Alain  et  par ton cadeau Guilaine, ce vase est superbe merci...gros bisous....à tous...
Répondre
G
Bonsoir mon coucou du soir comme je travaille en maison de retraite j'ai choisi ce texte qui est magnifique je te souhaite une trés bonne soirée et je t'envoie ceci merci de ta fidelité bisous  guilaine
Répondre
T
Bel hommage à nos "petits vieux"
Répondre