Exercice de style N°3 (Jeu des mots n°3)
La promenade d'Anatole (suite)
Et nous retrouvons Anatole dans sa promenade du soir (voir exercice de style n° 2)...il rentre tranquillement chez lui, accompagnons-le....
Anatole rentra prudemment, essayant d'éviter de faire un faux pas dans la roubine, il faut se méfier sur ces petites routes de campagne, vous levez le nez deux minutes, pour regarder les étoiles et vous tombez dans le fossé.
Un "pfuitt" se produisit près de lui. Ah tiens, il y avait sans doute un lapin par ici se dit Anatole, en scrutant le bas-côté cherchant une piste menant à un terrier. La faune n'était pas trop dérangée dans le coin , cette route menait aux Paluns, une zone de marécage, où on trouvait de nombreuses variétés d'oiseaux.
De jour, Anatole s'amusait à ramasser les plumes qu'il trouvait ça et là, il en avait toute une collection.
Il repensait à sa voisine et à ce fameux médecin. Sous prétexte de prévention des maladies il employait des méthodes prophylactiques étonnantes...Par exemple, il plaidait pour le plaisir des sens, conseillant à ses patients le marivaudage et la gaudriole. C'est bon pour le moral déclarait-il....
Rétrospectivement, Anatole repensant à la visite de sa femme chez ce médecin, ce jour où il n'avait pu l'accompagner, en ressentit des frissons dans toute la colonne vertébrale. Il pensait même que sa femme lui avait fait un pieux mensonge en rentrant, quand elle lui avait dit qu'il était absolument parfait ce médecin..."ça s'est bien passée" avait-elle déclaré...Elle avait des trous de mémoire et s'inquiétait d'un début possible de la maladie d'Alzheimer. Il semble que le médecin s'étant assuré qu'elle avait vu le film Mary Poppins, lui avait ensuite demandé si elle se souvenait de la formule magique....Bien sûr qu'elle s'en souvenait et elle en était fière : "Superqualifragilistic"...Il l'avait ensuite interrogée sur le plus long mot de la langue française, comme ça pour voir, ça aussi elle le savait : "anticonstitutionnellement"...d'ailleurs qui ne le savait pas lui avait-elle répondu...Après deux ou trois autres tests plus classiques, il l'avait complètement rassurée.
Ce jour-là sachant son mari très occupé, et prise d'un bel enthousiasme, elle en avait profité pour passer visiter la partie publique de la Citadelle, pas très loin du cabinet médical. Elle était rentrée assez tard, volubile lui racontant avoir rencontré le rastaquouère qui ayant racheté les lieux en habitait toute une partie...C'était désopilant lui avait-elle dit. Un original cet étranger, vraiment, avec une verve et un accent époustoufflants. Il vivait, d'après Eléonore, dans un décor fantasmagorique, il l'avait fait entrer dans une pièce pleine d'objets disparates, elle avait parlé de "bidules" ne sachant pas trop à quoi certains pouvaient bien servir. De lourdes tentures zinzolines rendaient la pièce étouffante, mais il devait être bien cet homme, en avait -elle conclu car il écoutait la Pavane. Pour Eléonore c'était une preuve de bon goût, malgré tout. Ils avaient longuement parlé de symboles, il lui avait montré un livre rare de mots peu ou plus employés de nos jours...Elle se rappelait du symbole "ET" et du signe commercial encore actuellement dénommé esperluette.
Avec toute ses pensées, il était enfin arrivé. En définitive, cette promenade lui avait fait du bien, il se sentait mieux... Avant de pénétrer dans la maison, il vida son pluviomètre, bien consciencieusement. Il aimait bien savoir s'il avait plu dans la nuit et combien de millimètres d'eau étaient tombés, car en plus de tout le reste, il était passionné par la météorologie.
Maintenant, sur le point de retrouver l'amour de sa vie, ( ils avaient souhaité leur quarante ans de mariage l'année précédente), il souriait, repensant à ce qu'elle lui avait dit cet après-midi." Quand je cite toute mes qualités j'oublie toujours de citer la modestie". Sa femme avait le sens de l'humour, et pour ça aussi il l'aimait.
Elle était là, endormie devant la télé allumée, attendant son retour dans son fauteuil préféré. A ce moment précis, il se sentit tout à fait bien...
Les mots en vert sont les mots imposés par le jeu , j'en ai ajouté un sous forme de clin d'oeil à mon ami Jean qui l'avait donné puis retiré pour ne pas être méchant...Il y en a donc 26...
Je me suis bien amusée, cette histoire est vraiment modulée par vos mots, je ne sais jamais où je vais, c'est assez fascinant comme exercice. Jamais, certainement, si j'écrivais sans contrainte mes personnages seraient aussi "particuliers", j'entre dans des détails auxquels je ne penserais sans doute pas...Merci à vous tous...