Anatole et le nain de jardin - Jeu des mots n° 4
Anatole et le nain de jardin
Anatole avait passé une nuit agitée. Il avait été réveillé plusieurs fois dans la nuit par des quintes de toux. Vers deux heures du matin, en pétard après cette toux persistante, il s'était levé pour prendre du sirop à la codéïne, qui lui avait été prescrit par ce "paltoquet", la dernière fois qu'il avait été malade. Il pensa qu'il devrait aller voir sans barguigner* plus longtemps un médecin digne de ce nom, un vrai médecin, l'ami de sa famille exerçant à une vingtaine de kilomètres environ. Il avait eu ensuite beaucoup de mal à se rendormir, il fallait se méfier de la banalisation de l'usage de certains médicaments, pensait-il .
Il s'était enfin assoupi vers cinq heures, mais des rêves curieux l'avaient finalement épuisé jusqu'au matin. Poursuivi jusque dans son sommeil par ce gougnafier de médecin qui ne pensait qu'à batifoler avec la voisine. C'était même rigolo car un des passages de son rêve était digne de censure ; la voisine et le
médecin : quelle aventure !
Il passa par la salle de bain, la douche lui faisant l'effet d'une résurrection, puis il rejoignit enfin Eléonore dans la cuisine. Il l'avait entendu bouléguer *de la vaisselle, elle lui avait préparé son café et elle venait d'entreprendre l'épluchage des légumes destinés au pot-au-feu du midi.
- N'oublie pas, ma chérie, de ne pas mettre tes pommes de terres trop tôt ; tu sais que la dernière fois, elles étaient toutes écrabouillées, tu te souviens ? lui dit-il en l'embrassant tendrement dans le cou. Elle sourit ...
- Oui, je me souviens très bien, je me souviens même que c'était le jour où ce gamin a appuyé sur la sonnette et s'est enfui en courant à toutes jambes, en te voyant surgir au même instant dans le jardin au coin de la maison. Il avait le trouillomètre à zéro, d'après toi et tu étais ravi de ton coup... C'est aussi le jour où j'étais coincée dans ma grille de mots croisés avec "cucurbitacée" en horizontale et "oxymore" à la verticale...ça ne s'oublie pas...A-t-on idée d'y mettre des mots pareils ? Je n'avais jamais ni vu ni entendu ce mot : "oxymore"
- Mais je t'ai expliqué depuis : c'est le fait d'aligner côte à côte deux mots de sens incompatibles, tels que "obscure clarté" ou "silence assourdissant"..
- Ah oui, ça maintenant, je le sais !..il est gravé dans ma tête, ce mot ! Tout comme l'air de cette chanson que tu fredonnes souvent... Comment c'est déjà ?
- Tararaboumdiyé....fredonna Anatole
- Voilà c'est ça Tararaboumdiyé, tararaboumdiyé.....Remarque j'aime bien, c'est gai, comme les comptines que j'apprenais à l'école : C'est la mère Michel qui a perdu son chat....
- A propos de perte de chat et de môme qui tire les sonnettes de façon anonyme, repris Eléonore, je dois t'annoncer deux choses: le mimosa du jardin est fleuri, c'est la bonne nouvelle et le nain de jardin a disparu, c'est la mauvaise nouvelle ! Encore une histoire de fous ces disparitions de nains de jardins un peu partout !
Anatole faillit s'étouffer avec le carambar qu'il venait de s’enfourner , au même moment, dans la bouche. C'était son péché mignon, les carambars...
- Quoi le nain de jardin a disparu ? éructa-t-il en postillonnant ici et là... Ah les chameaux ! les vauriens ! les vandales ! Je te jure, je vais retourner toutes les planètes de la galaxie s'il le faut,mais je le retrouverai, mon nain de jardin , même s'il est stocké dans un caverne sur Mars ! Pourquoi s'en prendre à mon "petit bonhomme" ? Je ne supporte pas les actes de vandalisme...
- Allons calme-toi, ce n'est pas si grave, ce n'est qu'un nain de jardin après tout, tu en rachèteras un... Tu m'as parlé de faire du trekking la semaine dernière, tu la fais quand cette randonnée ? Tu le retrouveras peut-être dans un recoin à cette occasion ...
- Je ne sais pas exactement rétorqua Anatole ! Mon nain de jardin d'abord, le trekking ensuite ! Chaque chose en son temps ! Je m'absente une petite heure, ne t'inquiètes pas, je reviens vite !
Eléonore n'eut pas le temps de faire la moindre objection, Anatole s'était saisi de son chapeau, sa parka et d'une cane qu'il prenait quelquefois selon son humeur , "ça peut toujours servir !"disait-il et elle avait entendu la porte se refermer.
Bien qu'un peu contrariée par ce départ intempestif, elle sourit, il ne changerait pas de sitôt son Anatole : il avait intérêt à bien se cacher l'auteur de l'enlèvement du nain de jardin !...Bon, soupira-t-elle, il est grand temps que j'allume sous mon pot-au-feu...Quand il va rentrer il sera affamé....Quel homme cet Anatole ! Avec lui, elle ne s'ennuyait jamais !
*Notes : sans barguigner : sans hésiter
bouléguer : remuer