Dur, dur, le réveil...L'histoire d'Anatole...Jeu des mots n°7
13
févr.
2008
Electre s’éveillait avec difficulté, la nuit avait été courte. Les grattements du chat affamé à la fenêtre de sa chambre avaient interrompu son rêve. Elle aurait dû fermer ses volets, il attendait maintenant, trônant sagement sur le rebord, assez patient en fin de compte…
Encore une fois, son goût pour les documents géographiques et animaliers l’avaient poursuivi, elle sourit c’était bien elle, ça, elle passait une soirée en charmante compagnie et elle rêvait d’inlandsis, de parthénogenèse, et de geysers…. Elle s’étonnait toujours de sa faculté à se rappeler des mots savants. Que venait faire le mode de reproduction animale et les jets d’eau chaude, sur les terres polaires et leur calotte glaciaire ? C’est vrai qu’adepte de panthéisme, elle adorait la nature considérant qu’elle représentait la véritable puissance divine.
En tout cas, ce matin elle aurait aimé prendre un bain dans une source chaude en Arctique, c’est certain. Elle s’imaginait la brume, et sourit de nouveau car elle se sentait vraiment dans le brouillard.
Les gens qui m’ont vue hier avec Jacques vont encore clabauder sur mon compte, pensa-t-elle. Elle connaissait les habitants de ce gros village comme un curé, ses ouailles.
Sa soirée lui revint sous forme de clichés.
Ils avaient bien dîné dans un superbe restaurant, puis elle se revit dans la discothèque sur la piste de danse. Ils s’étaient bien amusés, très bon danseur ce Jacques, et puis très prévenant, soucieux de son bien-être. Ce n’était certes pas un turlupin, comme le disait méchamment Anatole. Il lui avait proposé un dernier verre chez lui et là, à sa grande surprise, ils avaient dégusté des beignets fabriqués par Annouck la jeune femme de ménage, faisant office par moment de cuisinière. Electre espérait que ses talents s’arrêtaient là, et qu’elle n’en faisait pas plus car cette jeune Annouck était très belle.
A cette idée, une onde de jalousie la parcourut, d’autant que Jacques lui avait ensuite proposé de la raccompagner. Elle devait avouer qu’en acceptant le dernier verre, elle pensait l’autoriser tacitement à beaucoup plus. Eh bien non, malgré toutes ses savantes théories, ce médecin était resté très gentleman. Quelques baisers, sans plus…Il est vrai que c’était quand même bien nouveau. De plus ce matin, adepte d’escalade, il devait affronter un endroit réputé difficile, sans aucune prise, et il devait, selon ce qu’il lui avait expliqué, utiliser un système appelé jumard, pour la première fois. Visiblement, il lui fallait un maximum de forme physique.
En ce moment, il devait être à l’œuvre pensa-t-elle : Quel homme !
A son retour, elle avait mis la télé ne pouvant envisager de se coucher tout de suite, trop énervée, comme chaque fois qu’il lui arrivait des choses exceptionnelles… Il était alors 5 heures du matin…Elle avait suivi d’un œil distrait une émission de bricolage : « Comment fabriquer une jolie table en bois brut de A à Z ». Elle avait trouvé curieux cette heure pour parler de tenons et de mortaises, entendant dans une demie léthargie les mots « horizontal », « vertical » et « perpendiculaire »… Quand, dans l’émission suivante un pêcheur breton, à casquette, entouré de mouettes, militant politique, vint parler de la nécessité de décider d’un moratoire pour elle ne savait plus quelle raison, elle éteignit son poste et rejoignit son lit… Il était 7 heures du matin, il était temps…elle avait donc dormi 4 heures…
La clochette du portillon du jardin tintinnabula, elle s’empara de sa robe de chambre…
Par la fenêtre, elle vit Eléonore s’arrêter près du mimosa. Ah ! c’est vrai, je dois lui expliquer comment agrader son sol pour le jardin, se souvint Electre…Elle espérait ne pas faire trop de cafouillage en lui expliquant la technique du bois raméal fragmenté, selon la chronique spécialisée qu’elle avait suivie à la télé…
Quand elle ouvrit sa porte, elle trouva Eléonore sur le perron, un sourire espiègle sur les lèvres…
- Alors, as-tu passé une bonne soirée ? demanda Eléonore moqueuse, en l’embrassant…
Tout en repositionnant un bibelot orné d’une jolie opale, sur sa console de l’entrée, Electre fut tentée d’employer une figure de style pour lui répondre, elle s’amusait souvent, utilisant avec une facilité déconcertante, zeugmes, métaphores, euphémismes, allégories, litotes et autres…mais elle n’était pas assez bien réveillée…
- Oui, excellente, un gentleman ce médecin ! répondit-elle gaiement…
- Bon, si tu m’offrais un café, tu as l’air d’en avoir bien besoin toi-même, je me trompe ? ironisa Eléonore
- Non, tu as raison je ne l’ai pas encore pris, le chat vient de me réveiller…
A cet instant le matou, se faufila en se frottant tour à tour aux jambes des deux femmes… Il avait faim… Il allait miauler, revendiquer sa pâtée… Il y avait du laisser-aller dans l’intendance ce matin…Moi d’abord ! semblait-il dire, la queue en point d’interrogation… Mais que se passe-t-il donc…crénom ? Ah les femmes !
Article ci-dessous : les jeux du bigorneau N° 2...Je vous souhaite une bonne journée...
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