Un matin - L'histoire d'Anatole (suite)...Jeu des mots n°8
21
févr.
2008
Pour les nouveaux lecteurs de ce blog, vous trouverez le début des histoires d'Anatole dans la rubrique LE JEU DES MOTS...
Eléonore, tout en préparant le petit déjeuner d’Anatole, repensait à sa visite à Electre, la veille. Electre lui avait confié son attirance pour ce Jacques dès qu’elle l’avait rencontré : une sorte de coup de foudre. Hier, elle lui avait reparlé de leur soirée, racontant comment il l’avait serré très fort pendant un slow langoureux. Elle disait même qu’il la fascinait tellement qu’elle se contenterait presque d’un rôle d’odalisque*dans son harem s’il en avait un.
Eléonore sourit, car vu la façon dont son amie avait parlé d’Annouck, la femme de ménage, elle en doutait… C’est beau l’amour quand même !
A cet instant, elle entendit son amour à elle, Anatole vaquer dans la salle de bain…Ils avaient cheminé tendrement tout au long de ces 40 années de mariage. Oh bien sûr, il y avait eu des moments plus difficiles, comme dans tous les ménages, mais ils avaient relevé superbement ce défi à l’usure du temps qu’est la réussite d’un mariage. Leur couple avait résisté à une grosse tempête. A la cinquantaine Anatole avait fait les yeux doux à une jeune collègue de travail. Eléonore avait su gérer cette histoire avec une habileté exceptionnelle et Anatole avait rapidement compris qu’il avait juste besoin de se rassurer : Oui, il plaisait encore aux femmes. Cette jeunette l’encensait sans réserve, il l’avait constaté et il avait finalement réalisé qu’une seule femme - la sienne - comptait dans sa vie. Il avait raconté à sa femme de façon compendieuse* toute cette histoire, lui disant qu’en ce qui le concernait, les liens du mariage n’avaient jamais représenté une entrave à ses yeux, il n’avait pas subi ce mariage, il s’était vraiment réalisé en tant qu’homme auprès de sa femme. Il avait suffi juste d’un moment de complicité avec cette jeune femme, dans ce camion de transfusion sanguine, venu dans le lycée où ils enseignaient tous les deux pour troubler , juste un peu, le calme de leur vie si bien orchestrée.
En repensant à tout ça, Eléonore jouait nerveusement avec un plectre*, son plectre de guitare, resté là, dans une coupelle, comme un rappel, un objet de mémoire. Il avait bien fallu qu’elle fasse quelque chose elle aussi . Ca n’avait pas été long, Anatole très jaloux du professeur particulier qu’elle s’était choisi pour apprendre à jouer de la guitare, avait vite compris le message. Surtout le jour où sa femme s’était vu offrir un bouquet de lys blancs par ce monsieur.
Elle repensa à ses tests récents, qu’elles avaient passés pour la maladie d’Alzheimer. Elle était rassurée à ce sujet, d’ailleurs cette histoire elle s’en souvenait comme si c’était d’hier….La seule anicroche en tant d’années de mariage. Elle avait commencé un roman, en partie autobiographique et elle avait glissé parmi quelques élucubrations, cette déjà vieille histoire. Il est vrai qu’en l’évoquant elle avait frappé son clavier avec une énergie décuplée, elle devait quand même l’admettre…
Là , ce matin, elle savait qu’Anatole qui, lui, avait complètement oublié cette entorse dérangeante, allait reprendre son cheval de bataille favori et lui parler à nouveau de Nicolas Sarkozi, de son côté monarchique, qui lui faisait peur..Il n’avait qu’à rester en Hongrie disait-il , là bas il aurait mis la couronne…. Il avait sûrement déjà pris connaissance des informations, et des nouveaux sondages, en cette période pré-électorale des présidentielles, il allumait sa radio tôt le matin… Il était attaché aux valeurs de la république, à la citoyenneté, à la laïcité. Il espérait que cette belle femme comme il disait, en parlant de Ségolène Royale, serait élue… Mais il n’y croyait pas vraiment. Sauf imprévu, il voyait déjà Nicolas Sarkosy, président de la république, et il pestait comme un beau diable…
Après lui avoir préparé son jus d’orange, elle reprit sa grande grille de mots croisés, en l’attendant… Chapeau ! se complimenta-t-elle. Il ne me reste pas grand-chose, juste un coin…A l’horizontale PAL et cinq lettres…
- « Sert aux porteurs d’eau » dit-elle à haute voix…
- PALANCHE* tonna aussitôt Anatole en entrant dans la cuisine et s’amusant de l’air éberlué de sa femme.
- Oui, « palanche », ça rentre dit Eléonore sous le charme : Quelle tête cet homme , quand même ! Il ne la perd pas pensa-t-elle fugitivement, en consultant quand même son dictionnaire..
- Chouette ! ajouta-t-elle, et là du coup à la verticale, j’ai LUXURIANTE – Pousse en abondance ! Je n’avais pas pensé à ça, c’était pourtant simple….
- Alors ? dit Anatole taquin, tu ne me parles plus du net en ce moment. Tu en es où de ta fraternisation avec la terre entière ?...
- Ca va, répondit Eléonore, je suis toujours en contact avec plein de gens intéressants d’un peu partout, des amies et amis virtuels, vraiment, c’est super !
Tu te rends compte ! Mon blog va avoir un an dans les jours prochains.
- Ah ça ! dit Anatole déjà ? Et que fais-tu à l’occasion de cet anniversaire particulier ? Que devient ta copine à coquille, le mollusque, Bigornette comme tu l’appelles ?
- Pour l’anniversaire, je vais en parler et mettre une photo d’une tablée de fêtes, petits gâteaux, champagne…. Quant à Bigornette, son pseudo c’est « Le bigorneau », elle va bien, son blog a l’air de marcher du tonnerre. Elle s’est même mise à la B.D.
- A la B.D. ? s’étonna Anatole, sur le net ?
- Eh bien oui ! pourquoi pas ? une rencontre artistique, elle fait les textes sur des dessins magnifiques fait par un autre bloggeur dessinateur.
- Ah bon ! bougonna Anatole, renfrogné. Il y en a qui n’ont que ça à faire ! et toi, tu écris toujours ton roman ?
- Oui tu le sais, mais je ne te le ferai lire que lorsqu’il sera terminé.
- Bon c’est pas le tout, mais as-tu entendu, comment il grimpe dans les sondages Sarkosy ?
- Eléonore sourit…Elle le savait bien qu’il ré enfourcherait son dada préféré…Elle était soulagée, c’était un signe de bonne santé, d’ailleurs, il ne toussait pratiquement plus….
Notes* :
Odalisque : femme de ménage des femmes de harem, voire femme de harem également
Compendieuse : sommaire, exprimé brièvement
Plectre : médiator, petite lamelle d'ivoire ou de corne servant à jouer des instruments à corde...
Palanche : Tige de bois que l'on porte sur l'épaule pour porter deux charges à chacune des extrémités...
Articles ci-dessous : une photo et un peu d'humour... A quoi sert le poteau ?
Et plus bas encore une nouvelle expression à trouver pour le MOT-LUXE....N° 5 ... Bonne journée...
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