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Le Bigorneau : Bigornette Blog généraliste : humour, poèmes, photos...etc...

Electre est déprimée - Jeu des mots N° 9

Le Bigorneau
Voici la suite de l'histoire d'Anatole, ce matin nous tenons compagnie à Electre, je vous rappelle que les mots en vert sont les votres, du moins pour ceux qui m'ont proposé des mots, il m'en reste deux mis un peu tard je les prendrai la prochaine fois...Merci à tous...Et bonne journée



 
 
Electre, ce matin là, était inquiète, les yeux fixés sur les palissades du chantier faisant face à sa fenêtre, elle pensait que cette vue, le temps des travaux n’allait certes pas lui remonter le moral, et elle se mordait les ongles. Jacques ne l’avait rappelée qu’une seule fois depuis leur sortie, qui datait déjà de plusieurs jours. Il lui avait demandé comment elle allait et il l’avait prévenue qu’il devait s’absenter deux jours pour un symposium sur le cancer.
Il lui avait expliqué que l’espérance de guérison augmentait actuellement en raison de nouveaux traitements et grâce aux dépistages de plus en plus précoces… Il était prévu qu’il la rappelle à son retour. Elle n’avait eu aucune nouvelle depuis, il devait pourtant être revenu maintenant. Comment pourrait-elle un jour retrouver la sérénité ? Quel capharnaüm sa vie !
Au chômage depuis 6 mois, en raison d’un licenciement économique, elle ne l’avait toujours pas dit à son fils. Il allait sûrement la traiter de cachottière, elle avait un wagon de choses à lui annoncer quand il allait venir passer une dizaine de jours avec elle. Elle avait l’impression d’avoir perdu les rames de la barque de sa vie et de godiller sans jamais parvenir à avancer. Elle se dit qu’elle s’offrirait bien quelques jours en Bretagne pour en respirer l’air iodé et humer comme elle aimait le faire les odeurs de varech, dans la brume diaphane du petit matin.
Elle se sentait sur le point de sombrer, d’être engloutie telle l’Atlantide, sans espoir de revenir à la surface. Il serait temps qu’elle retrouve du travail, elle misait sur une place de secrétaire médicale après sa formation par correspondance… Quelle ironie !
Il lui faudrait vraiment trouver un équilibre, grâce à une vie plus saine. Anatole avait raison.
Telle une myope sans lunettes, elle avançait face aux événements avec une vue un peu floue sur son avenir…Désarçonnée par toutes ces dernières années de galère…
-Six ans ! Soupira-t-elle…Selon un rituel lié au chômage, elle alluma la télévision, sa seule compagnie…
Un vieil homme patoisant, curieusement coiffé d’un bicorne (peut-être un fan de Napoléon) de toute façon un vieil original sans doute, faisait l’éloge d’une race d’âne dont elle n’entendit pas le nom. Derrière lui, un âne à poil très long, semblait hilare, comme s’il se moquait de l’homme.
 – Certains sont teigneux, disait ce dernier, les miens sont doux et gais, regardez-les ! le bras tendu, il montrait l’ensemble de ses compagnons à l’écran…
Electre sortit le nécessaire pour préparer sa mayonnaise, à défaut de Bretagne, dans un premier temps elle allait manger du poisson, puis elle allait réfléchir à ce qu’elle allait raconter à son fils.
Il va se moquer de moi songea-t-elle, si je lui dis que je me suis amourachée de ce médecin. Son fils avait 19 ans, il était « monté à Paris » comme on dit, à l’âge de 17 ans, fasciné par le monde du spectacle, il voulait travailler dans ce milieu et il avait réussi à dénicher assez vite une place d’assistant éclairagiste.
La vie n’avait pas été simple pour eux deux à la mort de son mari. Il y avait 6 ans déjà que les gendarmes lui avaient annoncé cette terrible nouvelle : il avait trouvé la mort dans un grave accident de la route, quelqu’un lui ayant refusé la priorité, le choc avait été rude, il n’avait pas dû souffrir, avaient-ils ajouté alors qu’elle s’effondrait…
Elle s’était alors raccrochée à son fils Lucas qui, adolescent avait été si choqué, qu’il avait mûri d’un coup. Câlinant sa maman autant qu’il l’avait pu. Depuis le départ de Lucas, Electre se sentait très, très seule. Il devait arriver dans quelques jours, la date n’était pas encore fixée…Elle en était heureuse et en même temps redoutait comme à chaque fois, de devoir le laisser repartir, ce serait encore une déchirure…
Le pépé de la télé parlait maintenant de doryphores … « Je préférais les ânes » dit-elle à haute voix, en changeant de chaîne… Si seulement la vie était aussi simple qu’un changement de chaîne, si on pouvait appuyer simplement sur un bouton pour que tout s’arrange, et qu’elle soit plus facile à vivre, elle le ferait immédiatement et hop d’un coup tout serait merveilleux : Jacques, son fils, du travail… 
- Allez, arrête de rêver ! Et fais ta mayonnaise !  se sermonna-t-elle…Et puis le téléphone allait peut-être finir pas sonner….


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Commentaires
J
Tu jongles avec les mots que c'en est un délice..Une petite réserve pourtant (bon, je sais bien que c'est pour la bonne cause)..Tu dis qu'on soigne bien le cancer..Hélas, on en meurt bcp aussi..Il suffit de voir sur le site "essentielles", notre jolie fleur des montagnes qui vient encore de rejoindre les étoiles..Pourtant, ça faisait 5 ans qu'elle se battait...
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N
Oui un talent d'écrivain. J'aurais bien aimé une suite d'ailleurs à cette histoire. Bonne soirée le Bigorneau sans trop de mayo!
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C
Quel talent !
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J
Un peu triste.....Mais l'espoir fait vivre......Bon week-end bigornette à l'imagination fertile...
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L
Electre , on a envie de la serrer dans ses bras tendrement , de lui dire ne pleure pas , ton fils arrive si heureux de te rejoindre - oui je sais, chaque départ est une déchirure mais la joie du retour espèré en est le baume qui apaise . Ton histoire est magnifiquement racontée Chère Bigorneau...Merci  :-)) Big Bisous.
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